CO2 : donnons du chanvre aux poules !

CO2 : donnons du chanvre aux poules !

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Selon cette étude espagnole, l’empreinte carbone de 12 œufs de poules élevées en batterie est en moyenne de 2.66 Kg eq/CO2. L’alimentation des poules est en cause pour 63% (soit 1,67 Kg eq/CO2).

Sachant que la France a produit 14,3 milliards d’œufs en 2018 (Autant que ça ? … Oui la preuve ici ). Environ 50% sont des œufs en batterie, l’alimentation de ces poules serait responsable d’1 milliard de tonnes de CO2.

Ces poules sont principalement nourries de matières importés : du maïs d’Ukraine ou de Roumanie et surtout des tourteaux de soja d’Amérique du Sud mélangés à de l’huile de palme.

Dans le but de réduire l’empreinte carbone, il y a un intérêt évident à remplacer tout ou partie de cette « junk food » par des grains locaux. Je pense en particulier aux graines de chanvre.

Un meilleur bilan carbone

Imaginons que les exploitants d’élevages en batterie modifient leur mix habituel pour y apporter 20% de graines de chanvre. Cette proportion ne modifie pas la productivité. Il est nécessaire tout comme pour nous de diversifier l’alimentation.

Imagions que le chanvre soit cultivé localement pour sa paille et qu’on parvienne à récolter en un passage de machine la graine et la paille. On peut alors considérer que l’impact carbone de la culture, la récolte et la distribution des graines aux éleveurs est négligeable. La culture du chanvre pour la fibre en vue de la production de béton de chanvre et d’isolant est une chaine qui a un bilan carbone négatif.

En première approximation, ce scénario permet donc une économie carbone de 20% de l’impact de l’alimentation des poules actuelle, soit 200 millions de tonnes de CO2 par an. Si on rapporte à la surface de chanvre cultivé, on pourra observer un gain de 800Kg d’équivalent CO2 par Hectare de chanvre ainsi utilisé.

Il n’y a pas que le carbone !

On peut énumérer quelques co-bénéfices à cette méthode :

D’une part, nourrir les poules avec 20% de chanvre n’impacte pas la productivité et améliore la qualité des œufs en augmentant le taux de « bon » cholestérol (acides gras oméga-3 et 6).

Saviez-vous que les industriels ajoutent du colorant pour que les jaunes ne soient pas trop pâlichons ? Lorsque je compare la couleur « curcuma » des jaunes de mes propres poulettes à ceux des œufs industriels, je parie un steak au soja que l’usage de colorant deviendrait inutile !

D’autre part, en effet bonus, ce procédé permet :

  • d’éviter la déforestation lié à la culture du soja et la production d’huile de palme,
  • d’utiliser la paille dans d’autre filières comme la construction, le papier, l’énergie
  • d’améliorer la bio-diversité
  • de favoriser un revenu décent pour les agriculteurs

Le chanvre, ça coute un bras !

Le tarif pourrait constituer un certain frein. Analysons un peu.

En première approximation, le chenevis (la graine de chanvre) est vendu par l’agriculteur 450 € /T. (source plan filière chanvre).

Évolution du prix de la tonne de tourteau de soja

La tonne de tourteau de soja évolue de 280 à 420€ /T. Disons qu’en moyenne elle est à 330€. Le coût de cette évolution est donc en grosse maille de 40 Millions d’euros. C’est un peu plus d’1 centime par œuf.

Quels sont les freins ?

Le premier problème est la concurrence avec l’alimentation humaine. La tonne de grain de chanvre est mieux valorisé dans ce circuit.

Une poule en cage prend une ration quotidienne d’environ 150g et donc 30g de chanvre dans notre scénario à 20%. Cette même poule produit 300 œufs par an en moyenne. Pour produire les 7 milliards d’œufs en batterie, il faut 23 millions de poules et 251 850 Tonnes de graines.

Il y a donc également un problème de volume nécessaire. En 2016, la France a produit 9 088 tonnes de graine de chanvre. Il faudrait cultiver 250 000 Ha pour obtenir cette récolte.

Le chanvre a longtemps été malmené par les lobbies. Son interdiction de culture aux états-unis a favorisé les industries fossiles. Rappelons que l’huile de chanvre permet de fabriquer du bioéthanol qui concurrence le pétrole. On peut directement l’utiliser dans les véhicules agricoles. Il peut aussi se mélanger au gasoil sans aucune modification du moteur.

L’équipement agricole n’est pas disponible. Aucune machine ne permet, sans modification, de récolter à la fois la paille et la graine. Il faut adapter une ensileuse pour pouvoir travailler correctement.

Moissonneuse batteuse John Deere 9680WTS modifiée pour récolter la paille et les graines simultanément (crédits http://www.horizons-journal.fr)

Les usines de défibrages semblent également souffrir d’un procédé contraignant et peu maitrisé. Il y a aussi la sous-exploitation des unités de production par manque de matière première. Ces deux problèmes sont à l’origine des faillites de Gatichanvre dans l’Essonne, de Hemp.be et des chanvriers de l’Est.

Il y a une contrainte sur la localisation des champs qui doivent être à proximité des transformateurs. La paille ne peut pas voyager sur de longues distances. A tel point que les agriculteurs situés trop loin ne trouvent pas de débouchés : ils laissent la paille sur le champ.

Comment s’en sortir ?

Sans tout révolutionner du jour au lendemain, il faut clairement encourager le développement de cette filière prometteuse.

En 2019, les cultures de chanvre étaient subventionnées par l’Union Européenne à hauteur de 112€ par hectare. Augmenter cette aide est un début de réponse. Pour que les agriculteurs choisissent cette culture, il faut qu’elle soit rentable. Rappelons que sur le plan écologique, le chanvre a de nombreux atouts : il ne nécessite pas de pesticide, peu d’engrais et peu d’eau. C’est aussi une bonne culture en rotation. J’en parle dans cet autre article.

La valorisation du CO2 capté lors de la photosynthèse par la plante est un autre levier. Le gouvernement encourage les projets bas carbone mais il n’existe pas à ce jour de méthode de captation de CO2 liée à la culture du chanvre. Cela représente un coût initial d’environ 150k€ qu’il n’est pas évident de mettre sur la table. Comme l’indique ce graphique, la captation du CO2 par le chanvre est 7 fois plus efficace que replanter des arbres.

Enfin, nous pouvons imaginer des solutions de transports innovantes et bas carbone. Il faut permettre le transport des pailles sur des distances plus importantes avec un bilan carbone acceptable. On peut penser au transport à l’hydrogène issu de la biomasse. L’initiative de Qairos Energie qui construit une usine pilote dans la Sarthe est un bel exemple. Vous noterez au passage que la biomasse utilisée est … du chanvre ? Oh ! Encore un nouveau débouché 🙂

Conclusion

Je suis personnellement impliqué dans la résolution de cette équation plutôt complexe au travers de l’initiative Leafter.org. Je vous invite à la découvrir et nous soutenir si ce billet vous a convaincu.

Une révolution passe par des actes et il y a urgence absolue !

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